1 - Introduction générale au cours de philosophie

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Message par Admin Dim 13 Sep - 14:03

I - Que veut dire « philosophie » ?

Qu'est-ce que la philosophie ? Pareille question entraîne une réponse trop longue, ou trop simple. À vrai dire, un an ne suffirait pas pour y répondre, puisque aussi bien certains philosophes ont passé leur vie à en chercher la réponse. Pourtant, il faut bien commencer quelque part, et présenter d'une part ce qu'est la philosophie, d'autre part, en quoi consiste un cours de philosophie. Plutôt que de se lancer dans des idées trop vagues à force d'être générales, arrêtons-nous un instant sur le mot de philosophie, avant de nous intéresser à la chose.

L'étymologie, c'est-à-dire l'étude de l'origine des mots, nous apprend que la philosophie vient du grec. C'est un terme portemanteau, composé de deux mots différents. D'une part, « philo-« , de l'autre « -sophie". « -Sophie » vient du grec « sophia », qui désigne la sagesse. Mais de quelle sagesse parle-t-on ? Il faut comprendre ici, le plus banalement du monde, ce qu'on entend lorsqu'on dit d'un enfant qu'il est « sage comme une image », ou lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il « reste sagement à sa place », ou encore qu'il « fait sagement son travail ». La sagesse, à ce compte-là, n'est qu'une certaine manière de faire ce que l'on fait : calmement, avec application, après mure réflexion.

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Artiste anonyme, Allégorie de la sagesse, début du IIe siècle, sculpture en marbre. Bibliothèque de Celsus, Éphèse.

Éphèse est une ville grecque en Asie mineure, qu'on appelle aujourd'hui la Turquie. Celsus, issu d'une famille grecque naturalisée romaine, fit une brillante carrière militaire et politique au service de la dynastie impériale des Flaviens, puis des Antonins, jusqu'à sa mort. Fidèle serviteur de Rome, il fut récompensé, entre autres, par le gouvernement de l'Asie mineure, qu'on lui confia. À sa mort, son fils décida d'ériger en l'honneur de son père un gigantesque mausolée, qui servirait de bibliothèque et de centre de recherche pour toute l'Asie mineure. De fait, la bibliothèque d'Éphèse devint la troisième plus grande bibliothèque de l'empire, après celle d'Alexandrie et de Pergame. Hélas, elle fut détruite lors d'un incendie déclenché par les Goths, et n'en subsiste que des ruines, dont cette statue, qui faisait partie d'un ensemble représentant toutes les vertus d'un honnête homme sous l'empire romain.

« Philo- » , de son côté, signifie « amour ». Bien sûr, il paraît étrange de parler d'amour : à la lettre, « philosophie » se traduirait par « amour de la sagesse », expression étrange, qui n'explique pas grand chose. Pour mieux comprendre de quelle sorte d'amour on parle, et puisque le mot vient du grec, il faut se pencher sur la manière dont les Grecs entendaient ce mot.

Pour eux, il y avait quatre sorte d'amour, pour le dire simplement. D'abord, l'amour qui nous jette dans les bras de la personne aimée, et qu'ils appelaient « éros » ; ce qui nous a donné des mots tels qu’ « érotisme », « érotomane », ou « érogène ». De toute évidence, il ne s’agit pas de ce genre d’amour.

Ensuite, il y avait l’amour qui nous lie d’affection à ceux qui nous entourent : notre famille, nos amis, nos maîtres, nos pairs. Les Grecs l’appelaient « storgê », mais ce mot n’a pas laissé de trace dans notre langue française. Il ne s’agit là non plus du genre d’amour qu’implique la philosophie.

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Adolphe Steinheil, La Philosophie, 1865, vitrail. Transept nord, cathédrale Notre-Dame de Laon.

Ce vitrail fait partie d'un ensemble composé par l'artiste, qui représente les sept arts libéraux, entourant la philosophie. Ces arts étaient des disciplines, dites "libérales", parce que seuls ceux qui échappaient aux tâches "serviles" du travail manuel, pouvaient les étudier. Au nombre de sept, elles se répartissaient entre les arts de la parole — grammaire, dialectique et rhétorique — et les arts du nombre — arithmétique, musique, géométrie et astronomie —. De la fin de l'Antiquité jusqu'à la fin du Moyen Âge, ces disciplines furent enseignées à partir de ce que nous appelons aujourd'hui le lycée. Ainsi, l'œuvre de Steinhell est-elle un hommage à la manière qu'on avait d'enseigner jadis, et qui n'avait plus cours depuis bien longtemps. Notons toutefois qu'au sept arts libéraux, Steinhell rajouta la médecine, et qu'il fit figurer la philosophie au centre, tandis qu'au Moyen Âge, on y eût mis la théologie.

Les Grecs parlaient encore d’un amour plus élevé, universel, pourrait-on dire, et inconditionnel : l’ « agapé ». Pour eux, comme pour les chrétiens à leur suite, il s’agit de l’amour que les dieux, ou Dieu, ont pour les hommes, et, par extension, l’amour que l’on éprouve pour son prochain, simplement parce qu’il est notre frère. Il reste une trace de ce mot dans le français « agapes », qui désigne, au pluriel, le repas pris en commun, au départ par les chrétiens afin d’y célébrer l’eucharistie, mais aujourd’hui, dans un sens plus général, un repas convivial pris entre amis, à l’occasion d’une fête.

Enfin, les Grecs parlaient de « philia », qu’on pourrait traduire par « goût », « inclination », ou encore « passion ». On en comprend mieux le sens quand on dit que l’on « aime bien » quelque chose. Il s’agit de l’amour qui nous pousse à bien faire ce qui nous passionne. Cette forme particulière d’amour se retrouve dans des expressions telles que « par amour du sport », « par amour de l’art », « par amour du métier ».

Pour conclure, on peut dire que, plutôt que de parler d’ « amour de la sagesse », à propos de la philosophie, il vaudrait mieux parler du « goût de bien faire » ce que l’on fait, quoi qu’on fasse. Mais de quoi parle-t-on, au juste ? Pour y répondre, un petit détour par l’histoire des premiers philosophes nous sera nécessaire.

II - Les premiers temps de la philosophie

1) La renaissance de la Grèce
L’homme n’a pas toujours philosophé. En fait, l’histoire des langues nous apprend qu’en grec, c’est le verbe « philosopher » qui est d’abord apparu, bien avant qu’on ne parle de « philosophes » ni même de « philosophie ». C’est au VIIe siècle avant notre ère qu’on put dire, pour la première fois, que des hommes philosophaient. Qui étaient ces hommes ? Et que faisaient-ils de particulier pour qu’on invente un verbe pour décrire ce qu’ils faisaient ?

Nous sommes en Grèce, la Grèce qui n’est pas encore entrée dans son âge d’or, mais qui se relève enfin, péniblement, des âges sombres où elle était tombée les siècles précédents. La Grèce archaïque s’achève, elle entrera bientôt dans son âge classique. Partout, les Grecs s’activent : de la Grande-Grèce, qu’on appelle aujourd’hui l’Italie, à l’Asie mineure, qu’on appelle aujourd’hui la Turquie, les Grecs fondent des cités, d’où partent les marchands, sillonnant les mers, et les soldats réunis en phalanges, écrasant leurs adversaires.

Bien avant cette époque, la Grèce avait connu son premier âge d’or, que les historiens appellent la période mycénienne, entre 1650 et 1100, du nom de la ville de Mycènes, où se trouvait l’un de ces grands palais où la noblesse grecque vivait, tandis qu’en contrebas les paysans, les pâtres, les pécheurs, servaient leurs maîtres dans leur village. Civilisation brillante, qui s’étendait sur tout le pourtour de la mer Égée.

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Artiste anonyme, Dame de Mycènes, XIIIe siècle avant J.-C., fresque murale. Musée national archéologique, Athènes.

Ce fragment d'une fresque qui recouvrait les murs du palais de Mycènes témoigne du raffinement de la Grèce avant son effondrement.

On ne sait pas au juste ce qui provoqua l’effondrement de cette « civilisation des grands palais », pour parler comme les historiens. On constate néanmoins que partout, dans le monde grec, et ailleurs, les traces d’un effondrement. Les villages furent abandonnés, les palais incendiés, l’artisanat dépérit, le commerce s’éteignit, et l’on perdit jusqu’à l’usage de la lecture et de l’écriture. Un âge sombre pour la Grèce, qui devait durer jusqu’à la période qui nous intéresse, au tournant du VIIIe et du VIIe siècle avant notre ère, commençait.

Il fallut donc trois siècles au Grecs pour se relever. Leur histoire, d’ores et déjà ancienne, était devenue pour eux légende. Le souvenir de cet âge d’or mycénien se transmit dans ces chants que des poètes ambulants, les aèdes, venaient jouer de village en village, et que Homère devait immortaliser dans son Iliade et son Odyssée.

Toute civilisation qui survit à son propre effondrement se replie sur la tradition, sur ces histoires qu’on se transmet, de génération en génération, et qu’on se raconte, au coin du feu. Ce qu’on appelle aujourd’hui la « mythologie » grecque est ce qui nous reste de cette tradition, somme des légendes, des contes, des fables qu’on se répétait pour comprendre le cours des événements et la marche du monde. Ces histoires avaient réponse à tout : elles gardaient non seulement la trace du passé de la Grèce, mais elle offrait des personnages qui expliquaient tout ce qui arrivait — les dieux.

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Giandomenico Tiepolo, Procession du cheval de Troie, 1773, huile sur toile. National Gallery, Londres.

Ce tableau représente la fameuse ruse par laquelle le camp des Achéens réussira à vaincre leurs ennemis Troyens : le cheval de Troie. Après la mort d'Achille, héros de l'Iliade, Ulysse, héros de l'Odyssée, imagine un piège pour s'introduire dans la cité assiégée : tandis que l'armée achéenne fera semblant de s'enfuir, elle laissera en offrande aux Troyens un cheval de bois, dans lequel des soldats attendront la nuit pour aller ouvrir les portes aux Achéens. Le stratagème réussira, conduisant au sac, puis à l'incendie de Troie. Si la version d'Homère relève de la légende, des archéologues ont bien mis à jour les ruines incendiées de la ville de Troie, l'une des cités de la "civilisation des grands palais" qui disparut subitement au XIIe siècle, et dont le récit homérique garde la trace.

Ainsi, pour n’importe quelle question, les Grecs savaient que la réponse se trouvait dans la tradition. Pourquoi faut-il agir comme ceci plutôt que comme cela ? Parce qu’on a toujours fait ainsi, et d’ailleurs, voici une histoire qui le raconte. Pourquoi la mer s’agite-t-elle ce soir ? Parce que le dieu des mers, Poséidon, est en colère, comme on l’a vu dans bien des histoires. Mille et une fables que tout le monde se répète sans cesse bercent chaque Grec depuis son enfance.

C’est dans ce monde baigné de mystères et de légendes, qui se relève de son effondrement après des siècles de misère, que des hommes se mirent à philosopher. Que firent-ils ? Ils cessèrent de se raconter des histoires. Plutôt que de se fier à la tradition, ils voulurent répondre par eux-mêmes à ces questions. C’est ce qui fait qu’on dit alors d’eux qu’ils « philosophaient », ou, comme nous l’avons vu, qu’ils cherchaient, par « goût », à « bien faire ce qu’ils faisaient », à se poser les bonnes questions, à bien les poser, pour pouvoir bien y répondre.

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